Guido FABRETTI-TREPPO Organisation Todt - Ile de Groix - Lorient
Guido FABRETTI-TREPPO
Organisation Todt - Ile de Groix - Lorient
(Elida) "La maman de Bruno et de Guido est morte de la grippe espagnole (dans ces années il y a eu beaucoup de morts de cette maladie).
Les même jours est mort aussi Luigi mon grand-père et ton arrière grand-père. Les enterrements ont été célébrés en un unique
service religieux et la commotion de cet évènement a impliqué tout le pays. Bruno a vécu à Feletto avec la tante Orsola et Guido
avec sa grand-mère Caterina Mini femme de Luigi, ton arrière-grand-mère".
Après avoir longuement hésité, j'ai privilégié les faits historiques sur d'éventuels et tardifs ressentiments. Personne en a parlé,
personne sait... sauf les Archives Départementales :
Exception à l'atavisme des Fabretti ? Guido, alors que des cousins payaient leur idéal de liberté dans les camps, il travaillait
à l'Organisation Todt Carl Brandt dans l'île de Groix pour le Mur de l'Atlantique, d’après sa carte du 18 avril 1944, vraisemblablement
comme volontaire rémunéré.
Il revenait quelquefois dans sa petite maison en bois du quartier de la gare d'Aubergenville, deux pièces sans eau ni électricité,
où habitaient mes parents.
Cimentier en 1944
La France envahie, les forces allemandes se concentrent sur le front Est, face aux Russes, laissant quelques dizaines de divisions sur les côtes Ouest.
Cependant, les officiers s'attendent à un débarquement qui viendrait attirer les divisions de l'Est pour désengager le front Russe.
Pour le prévenir, les Allemands font appel à l'Organisation Todt, entreprise publique du IIIe Reich spécialisée dans les constructions à vocation militaire
(casemates, routes pour les blindées...). Fondée en 1938, du nom de son premier directeur l'ingénieur Fritz Todt, en charge d’un grand projet
commencé en 1933, 4 000 km d'autoroute, 100 000 ouvriers, elle est choisie pour la construction du Mur de l'Atlantique.
Dès 41, les travaux commencent face à l'Angleterre. Des fortifications en béton armé sont construites de la Norvège au Pays-Basque Espagnol
et en Méditerranée, accompagnées de champs de mines, de milliers de kilomètres de barbelés, de nids de mitrailleuses et de lance-flammes,
de défenses de plages, de fossés antichars...
Appelées "Mur de l'Atlantique", elles se renforcent dans les zones "sensibles" comme le Pas-de-Calais où un débarquement est plus que probable.
Des batteries côtières sont construites aux endroits clés pour protéger port ou estuaire.
Elle recrute de jeunes allemands volontaires attirés par l'argent, et sous la pression des autorités d'occupation, le gouvernement Pétain fournit
des Républicains espagnols réfugiés, Juifs jusqu'en 42 date de leur déportation à Auschwitz, étrangers, détenus de droit commun, prisonniers
de toutes nations, réquisitionnés...
A la mort de Todt elle est dirigée par le Ministre de l'Armement Albert Speer, son rôle évoluant en passant de coordination inter-entreprise
à relais entre l'armée allemande et l'industrie. En 44, elle compte 1,4 millions d'ouvriers dont 6 000 jeunes des Chantiers de Jeunesse fournis par Vichy.
Le contrat de service franco-allemand favorable aux entreprises permit des fortunes rapides.
En août 1942, les Alliés organisent un raid "test" à Dieppe qui échoue, mais les officiers de l'État-Major allemand prenant conscience du risque majeur
de dégarnir ces côtes font stationner la XVe Armée forte de 150 000 hommes dans le Pas-de-Calais.
Depuis janvier 44, Rommel est nerveux. Sous les ordres de von Rundstedt, il est responsable de la côte normande, face à l'Angleterre. Estimant
que le dispositif de défense n'est pas suffisant, il décide d'inonder les prairies pour empêcher l'arrivée de parachutistes, et fait planter des pieux
minés sur les plages de Normandie, pour prévenir l'atterrissage de planeurs et l'accostage de péniches de débarquement : si les Alliés débarquent
sur les côtes contrôlées par les Allemands, il n'est pas pensable de pouvoir les rejeter à la mer. Les travaux se multiplient sur les côtes de la France du Nord
et jusqu'en Hollande.
Comme l'Allemagne est encore en guerre en Russie et en Italie, deux fronts demandant une très importante quantité de matières premières
et de matériel militaire,
l'organisation Todt ratisse toute l'Europe pour récupérer un maximum de matériel utile pour le "Mur de l'Atlantique".
Les Allemands construisent des batteries capables de tirer jusqu'à 30 kilomètres inquiétant fortement les Alliés, des blockaus, posent des champs de mines.
Des radars couplés à de redoutables canons antiaériens de 88 et des stations d'écoute sont placées sur tout le littoral de la Norvège à l'Espagne.
En contre-attaque, les forces allemandes ont trois divisions blindées et un régiment de parachutistes, en plus des divisions d'infanterie disposées
le long du littoral, unités retirées du front Est pour que les soldats se reposent... au rythme des bombardements Alliés touchant les objectifs côtiers.
Ils vont tenter d'ouvrir un front à l'Ouest, mais où et quand ?
Ile de Groix
Les allemands placent leur batterie au Nord Ouest, près du fort du Grognon, n'utilisant les forts de l'île que comme cantonnement, pour défendre
l'espace maritime à l'Ouest et au Sud de Lorient, à l’opposé de la batterie française, Fort du Mené, au Sud Est de l'île.
Commencée en 1943, pas terminée en août 44, ces installations principales sont aptes au tir en juillet. Constituée de 2 tourelles doubles de marine,
4 canons de 203 mm, issues du croiseur Seydlitz, elle tire sur 360° à plus de 35 km, tirs nocturnes réglés par canon de 150 mm à obus éclairants.
Garnison de 235 hommes.
Le 7 août 44 elle stoppe la progression américaine vers Lorient, faisant des dégâts considérables, et appuie, fin octobre, une attaque allemande
sur l'Est de la Poche de Lorient.
Début 45, une batterie d'artillerie américaine à longue portée, en face sur la côte, tire sur elle sans causer de dégâts importants.
Après la reddition allemande en mai, la marine française récupère les installations intactes, en parfait état de marche, qu'elle conserve jusqu'en 1957
où elles finissent ferraillées.
Lorient
L'armée allemande occupe Lorient le 21 juin 1940, l'amiral Dönitz y installe la 2e flottille de U-boots. Le premier U-30 y parvient le 7 juillet.
Après le raid aérien de la Royal Air Force du 27 septembre, l'Allemagne confie à l'organisation Todt la construction d'une base sous-marine
pour protéger les sous-marins. 15 000 ouvriers. L'amiral y établit son poste de commandement.
Bombardements : 1940 52 avions, 1942 286, 1943 2 371, soit 2 709 avions, 4 000 tonnes de bombes, 260 victimes civiles identifiées.
Mais les alliés n'auront pas la base, la garnison allemande ne dépose les armes que le 10 mai 45 (reddition de la Poche de Lorient).
La ville "morte pour la France", est décorée de la Légion d'honneur en 49 et de la Croix de guerre 39-45.
Front de l'Ouest
550 000 tonnes de bombes alliées, 75 000 victimes françaises.
GEO magazine a sorti un article documenté, fin décembre 2014, sur “l'Atlantikwall”.
300 000 ouvriers de 1 500 entreprises françaises du BTP ont contribué à l’édifier. Mémoire gênante qu’on a voulu effacer en faisant le ménage des archives,
mais les rapports des préfectures, comptes des petites sociétés et artisans dévoilent l'ampleur du chantier et son montage économique, écrit Jérôme Prieur,
dans son livre aux éditions Denoël.
Hitler décide la création du Mur quand échoue l’offensive éclair contre l'URSS ; enlisement du conflit, Stalingrad : un formidable ouvrage défensif
de la Hollande aux Pyrénées : 8 000 casemates, batterie d'artillerie tous les 2 km, ligne ininterrompue de chevaux de frise sur les plages,
radars
et postes de commande tous les 20 km, bases pour 30 sous-marins U-Boot à Brest, Lorient, Saint-Nazaire, La Pallice et Le Havre, 700 blockhaus différents
conçus pour ne laisser aucun angle mort.
Pour conduire ce chantier gigantesque, l'Organisation Todt. Arrivé au pouvoir en 1933, Hitler dote le pays d'un super ministère chargé de donner du travail
aux Allemands plongés dans un chômage massif. Mi-paramilitaire, mi-structure d’état, l'OT est entre les mains d'un fidèle de la première heure, Fritz Todt.
De 35 à 38, cet ingénieur de travaux publics mobilise des centaines de milliers de sans-emploi et construit 3 000 km d'autoroutes “à plaques”.
Admiration des chefs européens.
Todt meurt en février 42 dans un mystérieux accident d'avion. Albert Speer, jeune architecte de 30 ans, favori d'Hitler, se voit confier l'édification du Mur.
L'Organisation fait appel à 200 grandes firmes allemandes, comme Siemens, mais découvre qu'elle est incapable d'effectuer les travaux dans les délais.
Les grosses sociétés de BTP allemandes s'allient avec leurs homologues françaises. Le chantier colossal attire les entreprises de haute technologie,
comme Sainrapt et Brice, spécialiste du béton précontraint. Son patron refuse la sous-traitance, s'associe directement avec l'occupant, ouvre un bureau d'études
chez Siemens à Berlin, invente un procédé de bateaux en béton destinés au transport des hydrocarbures.
Le BTP français fournit bétonneuses, grues et outils nécessaires au coffrage et ferraillage, coule le béton pour les bases sous-marines : 80% du ciment français.
De 16 millions de francs en 41, le marché national du BTP bondit à 671 millions en 43.
Participer au Mur fait tourner un outil de travail meurtri : accès aux matières premières, voire détournement d’une partie.
Mais les nazis, piégeant les entreprises, imposent un véritable chantage : ils prennent le contrôle des sociétés, font payer à la France l'intégralité
des travaux de construction au titre des frais d'occupation.
De 40 à 44, 632 milliards de francs, deux fois le budget annuel d’avant la guerre.
La propagande de Vichy bat son plein. Baisse du chômage : 40, 1 000 000 chômeurs, 41, 400 000, 42, 10 000. Grâce aux primes, avantages sociaux
et doublements de salaires dispensés par l'Organisation Todt, 3 000 francs sur les chantiers allemands contre 1 200 sur un français.
Pas un mot sur le travail forcé, mobilisant, aux côtés d’ouvriers “consentants”, républicains espagnols et prisonniers politiques.
4 400 km de côtes
mises en défense, du Cap-Nord à Hendaye, 8 000 bunkers construits sur les 15 000 prévus, 17 millions m3 de béton.
Le Mur ne fut jamais achevé. Le 6 juin 44, les Alliés s’en rendent maîtres en 4 h après avoir essuyé le terrible feu des canons... en le contournant par l'arrière.
La Libération traita 1 538 affaires de collaboration économique, dont 457 pour le BTP : 100 condamnations...
Et les entreprises équipées pour entreprendre la reconstruction nationale !
Volontaires, requis et forçats
L’Organisation Todt compte en mai 1941 60 000 "volontaires" dont 30 000 réfugiés espagnols, poussés à l'embauche par création de chômage de l'occupant.
Jusqu'au printemps 42, travaux ponctuels (construction de bases sous-marines, aérodromes, batteries d'artillerie)...
Par une vaste campagne de propagande, hauts salaires, multiples primes, 100 000 travailleurs français fin août 42, que le STO, service national obligatoire
du travail, loi du 4 septembre, double décembre 42.
1er février 44, élargissement de la loi du 4 septembre, réquisition de la population active de 16 à 60 ans pour les hommes et de 18 à 45 pour les femmes.
Plusieurs groupes au statut différent, en fonction de la race, du volontariat ou enrôlement d'office :
- au sommet, Danois, Norvégiens, Hollandais, Flamands, engagés volontairement, à fonctions de responsabilité au sein de l'Organisation.
- dessous, travailleurs français, espagnols franquistes, wallons et italiens
- intermédiaires, Polonais, Tchèques, Russes
- travailleurs auxiliaires . Baraquements par nationalité, gardés par des hommes armés. Maigre salaire, semaine de 60 h
- travailleurs forcés, enfants, vieillards, partisans soviétiques, communistes, Juifs, Républicains espagnols, apatrides, condamnés politiques
ou travailleurs récalcitrants.
Aucun respect, besognes les plus pénibles et dangereuses, mal nourris, en haillons, portant dans le dos une lettre indiquant l’origine, camps entourés de barbelés,
surveillés par des SS, travaillant jour et nuit, aucun repos.
Avec la main-d'œuvre coloniale (Algériens, Marocains, Indochinois), la France fournissait, à la veille du débarquement, 1/3 des effectifs sur le front Ouest.
165 000 travailleurs étrangers : 50 000 travailleurs forcés, 35 000 Polonais et Tchèques, 20 000 Italiens provenant en partie de la IVe Armée italienne
dissoute en septembre 43, 15 000 Espagnols franquistes, 15 000 Ostarbeiter, 20 000 Hollandais et Belges et 5 000 Baltes.
Quelques chiffres : 4 400 km de côtes mises en défense, du Cap-Nord à Hendaye, 8 000 bunkers construits sur les 15 000 prévus,
17 millions de mètres cubes de béton.
Né le 13 septembre 1912 à Nimis, de caractère indépendant, tapant sa belle-mère mia nonna Caterina, mon parrain aimait bien ma mère.
Alcoolique, il meurt d’un cancer à 50 ans, le 11 novembre 1962 14 h à Chartres.