Généalogie Fabretti-Delarasse / Musique / Santé

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Berta NEUMANN, une mère dans la tourmente... - Fascisme 1918-1945

BERTA NEUMANN, une mère dans la tourmente...
Fascisme 1918-1945

 

 

Une tranche de vie où se mêlent petite et grande histoire. Souvenirs de zia Elida, transcription de Svetlana, "devoir" de mémoire d'Angie.

Écoutons Svetlana :
Mon père Giuseppe, véritable livre d'histoire, me racontait souvent la guerre, ses souvenirs d'enfance, de jeune homme, de soldat.
Sans amertume ni fierté dans le ton, mais plutôt de la dérision, un peu d'humour pour pallier les souffrances endurées.
J'étais toujours passionnée de l'écouter.

Jeune homme, après 16 mois de service militaire, il est enrôlé pour les campagnes de Grèce, d'Albanie et de Russie.


1918-1922    Crise économique grave, grèves, occupations d'usines
1919             Benito Mussolini fonde les Faisceaux de Combat, organisation paramilitaire
1921             Création du Parti National Fasciste
24 oct 1922  Élection de Mussolini au Parlement
30                Victor-Emmanuel III lui demande de former le nouveau gouvernement
1923             Gouvernement de coalition. Le Duce (Guide) gouverne par décret, la liberté de la presse est supprimée, les partis d'opposition interdits.
                    Création de la Milice, réforme du système scolaire et universitaire, politique nataliste, jeunesse embrigadée dans des organisations paramilitaires,
                     Grand Conseil, instance décisionnaire suprême.
1927             La charte du Travail regroupe les salariés dans des corporations.
fév 1929      Signature des accords du Latran entre État italien et Saint-Siège : indépendance territoriale du Vatican, renoncement à l'État Pontifical
                     contre 2 milliards de lires, la validité civile du mariage religieux, l'enseignement religieux dans les écoles, la reconnaissance du catholicisme
                     comme religion d'État.
                     IRI, l'Institut pour le Renflouement des grandes entreprises, évite l'aggravation de la récession. Industrie sidérurgique, centrales hydroélectriques,
                     industries d'armement, grands travaux d'intérêt général comme assainissement de plaines insalubres, construction d'autoroutes...
1933             Nomination d'Adolf Hitler comme chancelier du Reich. Il exprime sa sympathie pour le Duce -son exemple- et son régime.
                     Le rapprochement n'est pas immédiat à cause de l'Anschluss (rattachement de l'Autriche), menaçant le Haut-Adige
                     L'Italie se rapproche de la France
janvier 1935 Signature des accords Laval-Mussolini, laissant les Italiens libres d'agir en Éthiopie
avril              La France, le Royaume-Uni et l'Italie forment le "front de Stresa" pour protester contre le réarmement et les violations du traité de Versailles
                     par l'Allemagne.
3 oct 1935    Invasion de l'Éthiopie considérée comme italienne. Mussolini rêve de recomposer l'Empire romain.
9 mai 1936    Prise d'Addis-Abeba, annexion et proclamation du roi Victor-Emmanuel III Empereur d'Éthiopie.
juin               Afrique-Orientale italienne : Ethiopie + Érythrée + Somalie italienne
oct 1936       Reconnaissance par l'Allemagne de cette conquête
sep 1937       Adhésion de l'Italie au pacte Antikomintern signé par l'Allemagne et le Japon en novembre 1936
1er nov          Signature de l'Axe Rome-Berlin
mars 1938     Refus de Mussolini d'aider l'Autriche envahie par l'armée allemande
1938              Lois raciales, excluant les Juifs de l'administration civile et militaire
7 avril 1939   Hitler annexant la Bohème et la Moravie, Mussolini attaque l'Albanie
25 mai 1939  Signature d'un pacte d'assistance militaire (Pacte d'acier)
10 juin 1940  Après un temps d'hésitation et la victoire de l'Allemagne en Pologne et France, Mussolini déclare la guerre à la France et au Royaume-Uni
août-sep        Occupation de la Somalie-Britannique.
28 oct 1940   Invasion de la Grèce par les troupes stationnées en Albanie, mais l'armée grecque les repousse.
                     Débâcle. Victoires britanniques en Méditerranée et Libye. Dépendance à l'égard de l'Allemagne.
1941              Revers militaires. Blocus naval britannique et bombardements aériens. La victoire allemande dans les Balkans permet à l'Italie d'occuper la Grèce
                    
et la Yougoslavie.
22 juin 1941  Mussolini déclare la guerre à l'URSS
Fin 1941         Les États-Unis rejoignent le Royaume-Uni et l'URSS
1942              Offensive britannique d'El-Alamein. Les forces de l'Axe sont forcées de battre en retraite
mai 1943        La Tunisie tombe aux mains des Alliés

Mon père, né en 1918, soldat d'une armée en déroute, écœuré par la tyrannie fasciste, des campagnes sans lendemain ni conviction
jalonnées de peur, crainte, faim, misère, froid et mort, décide de rejoindre les partisans pour combattre l'injustice et l'oppression.
Accompagné de Pietro Gervasi son beau-frère, Bruno Fabretti son cousin et un ami, ils devaient s'en remettre à l'armée allemande.
Ils ont décidé ensemble de suivre les partisans.
Pour échapper aux allemands, mieux préparés armés et entraînés, les brigades de partisans -Garibaldi foulard rouge, Osopo foulard vert-
se cachent dans les montagnes et combattent de 1943 jusqu'au jour de la victoire.


L'Italie du nord est le berceau de la rébellion populaire. Zone peuplée, industrialisée, d'une classe ouvrière éduquée et politiquement
réceptive, elle subit depuis fin 1942 des bombardements massifs qui minent le moral.


10 juillet 1943  Les Alliés débarquent en Sicile
24-25              Mussolini est mis en minorité. Le lendemain, Victor-Emmanuel III le fait arrêter et déporter. Le maréchal Pietro Badoglio forme
                        un gouvernement de transition

3 sep 1943       Alliés et Italiens négocient à Lisbonne une reddition sans condition. Invasion de l'Italie. Le IIIe Reich déclenche l'opération Alaric :
                        en 48 heures l'armée italienne est désarmée et des milliers d'opposants sont arrêtés. Le Roi et Badoglio se réfugient à Brindisi

12                    Un commando parachutiste libère Mussolini qui fonde la République sociale italienne, à Salò, dans le nord du pays

La résistance est une convergence de forces d'origines diverses. Après la reddition, de nombreux soldats démobilisés ne veulent
ou ne peuvent retourner dans les provinces occupées. Ils se cachent avec leurs armes dans les villages de la campagne et les montagnes
apennines où ils sont rejoints par les civils, militants antifascistes ou personnalités menacées par les mesures de rétorsion
du régime de Sàlo.
Ainsi se constituent les premières formations de partisans, de tradition monarchiste ou de diverses idéologies.


12 octobre 1943  Le président du Conseil Badoglio déclare la guerre à l'Allemagne

Dès octobre 1943 commencent les premières actions de guérilla, attaques contre les casernes, dépôts et convois allemands.
Les maquisards trouvent auprès de la population une complicité active, mais sont pourchassés par les forces nazies et fascistes
qui n'hésitent pas à lancer de sanglantes expéditions de représailles.


4 juin 1944  Rome est libérée

L'armée allemande fait appel à des unités cosaques pour liquider les terroristes. 300 hommes arrivent à Nimis le 20 août 1944 pour occuper
la région et encercler les partisans. Ils réquisitionnent les maisons, s'installent, tuent (33 victimes civiles à Torlano le 25) et brûlent tout
sur leur passage. La population s'enfuit vers Udine rejoindre leur famille ou dans les montagnes comme mes grand-parents marchant
10 jours dans le dénuement le plus total avec leurs enfants dont ma tante Elida de 22 ans, sans nouvelles de leurs fils combattants,
Pietro (à Potenza en Basilicate au sud de l'Italie), Emilio, Felice, Giuseppe.
 

Les bombardements sévissaient et les cosaques encerclaient peu à peu la zone montagneuse.

Mon père Giuseppe et ses 3 compagnons d'armes décident de descendre à Nimis pour chercher à manger. Mais ils sont dénoncés
par des espions. L'armée allemande les arrête et les incarcère à la prison d'Udine.
Là, chaque jour, la mort rode : peur, cris, appels pour le poteau d'exécution qui glacent le sang, détonations de fusils, bruit mat des corps,
la fin des camarades, l'irrépressible angoisse qui monte... L'attente longue torture les nerfs à vif... Ce ne sera pas pour aujourd'hui.
Ils ne savent pas que d'autres sont transportés à Dachau.
 

Mon grand-père Pietro Micca apprend que 4 jeunes gens ont été arrêtés et conduits à la prison d'Udine.
Il parle allemand, ancien immigré à Hambourg où il rencontre sa future épouse Berta Neuman alors serveuse dans une auberge.

 
Il essaie de la convaincre d'aller parler au commandant pour libérer son fils, ses gendre et neveu.
Berta a peur d'être tuée par les allemands. Les villageois l'ont toujours suspectée d'être une espionne, la sale allemande, la traître.
Pietro insiste.
 
Ils partent ensemble à la prison, s'adressent à une secrétaire interprète, collaboratrice des SS. Cette personne coopérative présente
le couple au commandant. Elle n'enfonce pas les prisonniers, minimise la situation.
Ma grand-mère impressionnée, apeurée et craintive demande la libération de son fils en parlant sa langue maternelle. Le commandant,
intransigeant, refuse brutalement. Elle le supplie, crie : que voulez-vous de plus de mon fils. 18 mois de période militaire et la guerre
en Albanie, Grèce et Russie. Que voulez-vous de plus de lui qui a donné toute sa jeunesse, que voulez-vous qu'il vous donne de plus.
Excédée, en pleurs, elle hurle : mais c'est le fils d'une mère allemande que vous allez tuer !
Le commandant se ravise alors et réplique avec hargne qu'il accepte de libérer son fils qui en contre partie travaillera pour l'armée
allemande. Les autres en camps de concentration. Et Berta réussi a extirper de la mort son beau-fils Pietro Gervasi dont la femme
ma tante Irena, était enceinte de mon cousin Pierino, et Bruno.
Après 9 jours d'incarcération, mon père, son beau-frère et son cousin rentrent à la maison sous surveillance pour qu'ils ne rejoignent pas
les partisans (24 septembre - 25 avril, victoire des alliés).

Pris dans la rafle du 29 septembre, emprisonné à Udine, Bruno est convoyé à Dachau du 2 au 5 octobre.
Sur 280 hommes, 4 seulement en sont revenus.

avril 1945  Les dernières troupes allemandes sont écrasées. Mussolini, sa maîtresse Clara Petacci et de hauts dignitaires fascistes sont capturés
                 par des patriotes à Dongo, sur les rives du lac de Côme, alors qu'ils cherchent à gagner la Suisse, cachés dans un convoi militaire allemand

28             Le dictateur et ses compagnons sont abattus, leurs cadavres exposés en place publique à Milan
29             Signature de l'armistice à Caserte
2 mai         Capitulation des troupes de l'Axe
9 mai         Le roi Victor-Emmanuel III abdique en faveur d'Humbert II qui se retire au Portugal le 13 juin

L'armée allemande en déroute fuit la région, comme Gênes, Turin, Milan, volant, brûlant, tuant tout sur son passage jusqu'à Terviso
puis l'Autriche et l'Allemagne.
 

La famille a perdu tous ses biens mais Pieri et Berta ont retrouvé leurs 3 enfants sains et saufs, marqués à jamais par la cruauté
et l'injustice.
Elle est restée unie et solidaire, les peines et blessures secrètes évoquées toujours avec réserve.
En vacances, la famille se réunissait le dimanche, Berta entourée de ses fils, filles et petits-enfants. Grand-père n'était plus (+1968).
D'autres soucis les préoccupaient, d'autres joies les animaient. Mais ils étaient là.

3 cousins n'ont pas retrouvé leur vallée :

- Giannino, fils de Giovanni et frère d'Emilia, tué pendant la campagne de Russie (Division Julia), entre septembre et décembre 1942.
- Giovanni Antonio, fils aîné de Giuseppe -la "dynastie" des postini- pris lui aussi dans la rafle du 29 septembre 44, et convoyé avec Bruno
pour Dachau où ils côtoient André Verchuren arrivé de Compiègne par "le Train de la Mort" le 5 juillet 44. Transféré à Buchenwald,
kommando Gandersheim -dans une usine Heinkel- il meurt le 6 avril 1945.
- Giuseppe, fils ainé de Romano et frère de Bruno, parachutiste. Tuberculeux (pneumonie) à 23-24 ans il reste sans soins à l'hôpital.
Dans sa dernière lettre du 8 septembre 1943, il écrit qu'il revient cet hiver à la caserne de Tarcento... Mais décide de pas rentrer,
ne sachant que faire entre SS et partisans.



01/06/2008