Augusto, mio padre - Stefano / Etienne - VIM - Mésothéliome - Cussac - Vision - Couper le feu
AUGUSTO, MIO PADRE
Stefano / Etienne - VIM - Mésothéliome - Cussac - Vision - "Couper le feu"
”Le 18 décembre 1921 à 10h30 (dimanche), devant moi Luciano NIMIS employé du secrétariat délégué du maire officier de l'état civil de la commune de Nimis,
Emilio FABRETTI fils de Luigi, 33 ans, ouvrier, domicilié à Nimis, déclare qu'à 16h le 14 de ce mois au numéro 253 Faubourg Valle à Nimis est né de Caterina
VENERIO fille de Girolamo, sa femme contadina vivant avec lui, un bébé de sexe masculin qu'il me présente prénommé Augusto”.
Livret de famille : Domenico FABRETTI est un frère de Luigi le nonno et Lucianina DI GIUSTO est sa marraine,
la femme de Pietro VENERIO.
(Sonia) "Maman ne se rappelle pas bien la maison où habitait ton papa ; elle pense qu'elle était au père de Rinaldo. Elle n'existe plus parce qu'elle a été démolie
par le tremblement de terre de 1976, comme des maisons voisines et une très belle église à côté. À l'intérieur il y avait de très belles peintures de Tita Gori,
un artiste de Nimis. L'église* -dédiée à Santo Stefano- et donc la maison où habitait ton père, étaient dans le bourg appelé Centa (autres bourgs de Nimis :
Vallée, San Gervasio, Molmentet, Ariis). Iginio t'envoie les photos : il pense que la maison de ton père était derrière à peu de distance".
* Où fut baptisé mon père le 1er janvier 1922.
Né à Jérusalem, appelé le Protomartyr (premier martyr), membre de la tribu des Juifs hellénistes, converti au Christianisme, membre d’un groupe
de sept hommes choisis par les apôtres pour prendre soin des veuves et des pauvres, ordonné diacre, Étienne se consacre à la prédication et accomplit
plusieurs miracles qui lui confèrent une certaine renommée. Confronté à plusieurs rhéteurs juifs discutant avec lui de divers points de théologie, accusé
à quatre reprises de propos blasphématoires envers Moïse, il est roué de coups et lapidé à mort par une foule en colère - exécution judiciaire - en 35,
peu de temps après l'Ascension.
Saint-Étienne (Santo Stefano), fêté le 26 décembre, date la plus proche de la naissance du Christ, est saint patron de Rome, des diacres, maçons,
tailleurs de pierre, charpentiers, tisserands, tailleurs, tonneliers, fabricants d’urnes funéraires, palefreniers, cochers, protecteur des chevaux,
et invoqué contre l'obsession et pour soulager les maux de tête.
Grand-père Emilio mort le 15 mars 1935, Catherine seule à élever ses fils, mon père entre à la VIM le 20 janvier 36,
scellant ainsi son destin.
Il quittera l’usine le 31 juillet 82, avec un terrifiant “cadeau de départ”, l’amiante, qui le tuera le 11 août 85,
le délivrant de trois ans d’agonie...
Société française fondée en 1916 (matériel de ventilation pour l'industrie, les mines, les navires, la VIM (ventilation Industrielle et Minière)
est rachetée en 1935-36 par Svenska Fläktfabriken. L'usine d'Aubergenville produit des ventilateurs, du matériel pour filtrer, humidifier, sécher,
chauffer, d'air conditionné (paquebot FRANCE sous la marque Carrier, cinéma Normandie des Champs Élysées, grands magasins, hôpitaux),
installations pour tours, tunnels de peinture, abris anti-atomiques.
M. Carlsson est directeur après l'exode, puis Wassbo et Andersson en 1962.
Mon père a reçu la médaille d’or de l’Association Royale Patriotique, fait rarissime puisqu’ils ne sont que deux français
ayant eu cette distinction.
Balayé par le remaniement de la société, très touché, il a voulu la rendre : l'atavisme des Fabretti...
Il est mort le 11 août 1985, à cause de l’amiante qu’on employait alors dans ce secteur d’activité.
Le mésothéliome pleural est une forme de cancer (nos cellules obéissent aux instructions données (bonne santé), mais peuvent réagir anormalement
à des ordres confus ; elles forment des groupes passant dans le sang ou s'agglomérant en tumeur).
Provoqué par une exposition aux fibres d'amiante, diagnostiqué 20 à 40 ans après par l'imagerie (radios, scanner), la pleuroscopie, la biopsie,
il se déclare dans les cellules de la plèvre, membrane recouvrant les poumons et la cage thoracique en laissant un espace permettant au liquide pleural
de faciliter les changements de volume lors de la respiration.
Ce n'est pas un cancer du poumon, le tabac ne joue aucun rôle.
Il se manifeste, entre 50 et 70 ans, par des douleurs thoraciques, toux, essoufflement et épanchement pleural (60 % à droite).
On le traite par chirurgie, rarement par radiothérapie ou chimiothérapie.
Survie 4 à 18 mois.
Il a tenu 3 ans.
La vie n’est pas facile. D’après les rares souvenirs dont mon père “se libérait”, la famille survit en mangeant chats et oiseaux
sous l’œil réprobateur du chien Misère et d’une pie apprivoisée qui disait “Auguste va couper du bois”.
Il était caddy au golf d’Elisabethville, courant rechercher les balles perdues, jambes griffées par le bermuda en toile de sac,
mais heureux de pouvoir se payer un éclair le dimanche avec les piécettes.
Exode 15/06/1940 Cussac la Forêt, 87150, FRANCE
Mon père a travaillé du 15/06/1940 au 12/02/1942 à Cussac la Forêt, à la ferme qui se trouve au sud de Cussac, au croisement.
Il faisait tout : garder les bêtes (une dizaine ou vingtaine de vaches, un âne), faucher... et était payé (carnet-contrat et photos).
"Un gars très gentil. Pas timide pour moi. Je regrette de ne pas l'avoir revu. Mon père et mon oncle étaient prisonniers (Henri et son frère).
Il travaillait à la ferme avec ma mère. Il y restait toujours et photographiait tout le monde.
Un Noël il nous avait fabriqué un jouet en bois : une voiture avec un petit âne que je tirai avec la ficelle et pour mon frère de 18 mois un camion ;
on était aux anges. Quand il était dans l'atelier il ne disait pas à la petite fille ce qu'il faisait. J'en ai gardé un très très bon souvenir.
Chien noir. Vipère dans la poche. Sabots. Casser la glace. Passé les pieds à travers le bois du lit par la transpiration.
Il était malheureux en Italie, et en parlait à mes grand-parents. Pas d'accord avec Mussolini, il lisait les journaux avec le grand-père et s'intéressait
aux évènements. Tous les soirs le grand-père prenait 2 assiettées de soupe. Quand mon grand-père (décédé en 1962) a eu son infarctus en 41-42, il était là”.
Simon ROULEAU +1962 x Henriette MORANGE qui soignait les brûlures *
Henri x Marie DUSSOUS morts tous les 2 en 1995
Pierre x Aline 05 55 70 91 65
Simon
Frère x ?
? °1937 x André COURAUD 10 rue Lou Enas 87150 CUSSAC 05 55 70 91 23
Frère
Pas d’accord avec Mussolini... Mais, classe 1921, année de la création du Parti National Fasciste, exempté des devoirs militaires.
Mes parents se rencontrent en 1944, barque sur la Seine... Et, ma mère enceinte de sept mois de mon “frère” Jean-Yves (°8 octobre +15),
se marient le 15 août 45.
Demande de naturalisation le 1er septembre, accordée à l’ajusteur fraiseur par le Gouvernement provisoire de la République Française,
signée C DE GAULLE, Journal officiel du 3 janvier 46.
Mon père ne parle pas l’italien, n’est pas retourné en Italie, n’est pas un “rital”. Les registres indiquent la nationalité des immigrés
par une abréviation comme ital pour italien. S’ils retournaient au pays on la précédait d’un r, rital, devenu terme usuel péjoratif.
Leçon de vie :
“Si tu veux quelques chose, tu te le paies”.
Des recherches internet m'ont fait faire une curieuse avancée généalogique : mon père étant daltonien (il confondait vert marron
et gris rose), sa mère Catherine était donc daltonienne, ainsi que ses grand-parents Girolamo et Angela !
Voyons cela dans ce topo sur la vision :
Une couleur se définie par une source lumineuse (lumière = onde électromagnétique + photons), les angles d'éclairement et d'observation,
les caractéristiques physiques de la scène, l'œil et le cerveau.
Le soleil (ou autre source lumineuse) éclaire (lumière blanche) un objet qui absorbe toutes les longueurs d'ondes sauf celles constituant sa couleur.
(2 types : objets produisant de la lumière et objet la diffusant - réflexion). Le rayon lumineux réfléchi traverse la cornée (membrane résistante,
transparente, protégeant l'œil, de 0.5 mm d'épaisseur) passe par l'iris (quantité de lumière), puis le cristallin (mise au point), et tombe sur la rétine
(membrane fine de 0.1 à 0.5 mm d'épaisseur) où des récepteurs (5 à 7 millions de cônes sensibles aux formes et couleurs et 130 millions de bâtonnets
à la perception du mouvement) le transforment en énergie électrique assimilable par le cerveau qui la modélise et compare avec des données connues,
leur attribuant une signification en une fraction de seconde (transmission par 800 000 fibres optiques).
La vision binoculaire :
Champ de regard en tournant les yeux tête immobile.
- champ visuel en fixant quelque chose
- acuité visuelle, zone de la vision la plus nette (0.1 mm à 25 cm)
- vision périphérique, autour de la précédente (acuité 1/10)
Face à la pupille, le centre de la vision des couleurs et vision détaillée-lecture, la macula ou tache jaune, couleur liée à la lutéine, de 5 mm2,
renferme 750 à 900 000 cônes. Elle est entourée d'un anneau, où est la plus grande concentration de bâtonnets (95% des cellules).
Les cônes réagissent aux rouge vert bleu, les 3 couleurs primaires dans le système additif RVB : jaune = rouge + vert, cyan = vert + bleu,
magenta = bleu + rouge, blanc = rouge + vert + bleu. Ils ne différencient que 750 nuances. Vision diurne, réponse photométrique et chromatique.
Sensation colorée = tonalité (longueur d'onde) + clarté (intensité) + saturation.
Les bâtonnets assurent la sensation de lumière. Vision périphérique et nocturne. Ne réagissent qu'au clair/sombre. Réponse photométrique.
Les amétropies :
Innées, héréditaires ou conséquence d'un processus de vieillissement.
- myopie : œil trop long, image focalisée avant la rétine
- hypermétropie : œil trop court, image focalisée derrière la rétine
- astigmatisme : anomalie de la sphéricité de la cornée provoquant des images tordues
- presbytie : avec l'âge, le cristallin perd de son élasticité, d'où perte du pouvoir d'accommodation
Un œil normal est emmétrope.
Les anomalies :
- baisse d'acuité visuelle (amblyopie : diminution de l'acuité)
- fatigue visuelle
- myodésopsies : mouches volantes
- phosphènes : éclairs lumineux
- diplopie : vision double
- métamorphopsies : ondulation des lignes droites
- héméralopie : gêne en vision crépusculaire
- hétérotropie : incapacité de fixer un point
- - hétérophorie : image décalée horizontalement
- anisométropie : les 2 yeux ne sont pas touchés de manière égale par une amétropie
- aniséïconie : ils perçoivent différemment les grandeurs et formes
- myopie nocturne : (bâtonnets)
- et notre problème, la perturbation du sens des couleurs :
- - trichromasie anormale : vision perturbée des 3 couleurs
- - dichromasie (daltonisme) : vision bicolore (cécité au rouge, au vert, au bleu)
- - monochromasie ou achromatopsie : toutes les couleurs manquent. Le mot daltonisme vient du physicien anglais John Dalton (18e siècle)
Détectable par le test des tables du Dr Ishihara (1917), livre de 38 planches, mosaïques de points de saturation différente, le daltonisme,
maladie congénitale, est du à une anomalie génétique sur le chromosome X.
Plus précisément :
Un seul gène ancestral est à l'origine des pigments. Trois gènes en sont issus : un codant la rodopsine contenue dans les bâtonnets, un le pigment bleu,
et un le pigment dont le spectre d'absorption va du rouge au vert.
La différenciation entre pigments rouge et vert est très récente (survenue après la séparation des continents africain et américain).
2 pigments chez les singes du Nouveau Monde, 3 du Vieux Continent).
Les gènes codant les pigments verts (cônes M) et rouges (cônes L) sont situés à la suite sur le chromosome X.
Au moment de la formation des gamètes, il y a des risques de mauvaise recombinaison des chromosomes.
- un gène est absent d'un chromosome (dichromate), mais l'autre possède le gène en double (vision normale).
- le gène est coupé en deux. Il y a transfert L sur M et M sur L, altérant la vision colorée par modification des courbes d'absorption des pigments.
Pour qu’une femme soit daltonienne, il faut que ses deux parents soient porteurs de ce gène. La femme possédant deux chromosomes X,
l'anomalie sur un gène est souvent compensée par l'autre gène normal. Elle peut transmettre le daltonisme sans en être atteinte.
L'homme n'ayant qu'un chromosome X, et un Y, le gène anormal ne peut être compensé.
Le gène muté doit être présent en 2 exemplaires pour s’exprimer.
- sujet protanope (rouge déficient - cône L)
- deutéranope (déficience du vert - cône M), anomalie la plus fréquente
- tritanope ou tritanomalie (déficience du bleu - cônes S non dans la fovea mais l'entourant), extrêmement rare.
La confusion du bleu et jaune montre une affection rétinienne, celle du rouge et vert une neuropathie optique.
Notre perception des couleurs dépend de l'apprentissage que nous avons reçu. La vision est une construction du cerveau. Alors, qu'est la couleur ?
Dernières paroles :
"Tu diras à J-J que je n'ai pas le cœur à lui souhaiter son anniversaire
Heureusement que tu es là. Qu'est ce que je deviendrai sans toi
Comment ils vont me traiter à l'hôpital. Je veux rester avec vous
J'aurai tant de choses à voir
Surtout ne crie pas, il y a longtemps que j'en ai marre. Ce n'est pas une vie".
Dimanche 11 Août 1985, date anniversaire du mariage de mes parents :
"S'il te plait. Ma pauvre chérie quel anniversaire je te fais passer".
Midi :
"Ah tu me fais plaisir".
Un moment avec lui, après-midi :
"Si tu savais comme ça me fait plaisir. Je suis content que tu sois là mon gars".
Soir :
"Faut me recoucher. Je ne veux pas vous embêter toute la nuit
Je crois que le malaise est passé. Je voudrai dormir dormir...".
Je l’ai accompagné, dos à dos, synchronisant nos respirations, dans son dernier sommeil...
Le lendemain, et pendant plusieurs jours, une pie s’est posée dans le jardin, s’approchant à regarder par la fenêtre de la buanderie,
presque à taper au carreau.
Il est resté près de moi longtemps, me guidant, conseillant, et s’est éloigné peu à peu...
Je voyais ce qu’il pensait sur sa photo.
Il voulait qu’on reste ensemble et, claustrophobe, étouffait à l’idée d’un cercueil. Ses cendres reposent en paix dans le salon...
Henriette MORANGE, la grand-mère de la ferme de Cussac, soignait les brûlures, "coupait le feu"